Pourquoi vous stagnez en fingerstyle (même en travaillant beaucoup)
Vous pratiquez régulièrement, vous passez du temps sur vos morceaux… mais vous avez cette impression frustrante de ne pas vraiment progresser ?
Rassurez-vous : ce blocage est beaucoup plus courant qu’on ne le pense.
Derrière cette sensation de stagnation se cachent souvent des erreurs invisibles. Des habitudes qui donnent l’impression de travailler… mais qui freinent en réalité votre progression.
Voici les 5 erreurs les plus fréquentes en fingerstyle et surtout, comment les corriger.
1. Jouer des morceaux trop difficiles pour son niveau

C’est une tentation universelle chez les guitaristes : vouloir jouer immédiatement des morceaux inspirants, complexes, impressionnants. Qui nous permettrons de briller, à nos yeux d’abord, et peut-être même aux yeux des autres !
Le problème, c’est que lorsque le niveau est trop élevé, chaque mesure devient un effort. On compense, on bricole, on force… et le résultat reste fragile.
Plutôt que de construire des bases solides, on développe une forme de “survie musicale”.
Sur le long terme, cela crée une illusion de progression : on connaît des morceaux, mais aucun n’est vraiment maîtrisé.
La solution : choisir des morceaux légèrement au-dessus de son niveau (auto-évaluation la plus réaliste possible) pour que l’on soit suffisamment challengé et poussé à l’amélioration, mais quand même accessibles pour pouvoir être travaillés proprement.
2. Jouer en boucle… sans travailler ce qui rend les morceaux faciles
Beaucoup de guitaristes enchaînent les morceaux. En apparence, ils travaillent beaucoup. Mais pourtant, ils évitent l’essentiel.
Ils ne travaillent pas les techniques contenues dans les morceaux. Ils travaillent les morceaux eux-mêmes, comme un bloc.
Or, ce qui fait progresser durablement, c’est justement la maîtrise de ces techniques :
- les patterns de main droite
- les enchaînements
- la précision rythmique
- le contrôle du son… Etc…
Sans ce travail de fond, à chaque nouveau morceau l’on semble repartir de zéro, et buter sur les mêmes difficultés.
La clé : travailler les éléments techniques réutilisables, ceux qui vont simplifier tous les morceaux à venir.
3. Ne pas isoler les difficultés
C’est sans doute l’erreur la plus insidieuse.
Beaucoup de guitaristes jouent leurs morceaux d’une traite, du début à la fin, encore et encore jusqu’à le maîtriser complètement. Mais… Souvent pas parfaitement.
Lorsqu’un passage pose problème, ils ralentissent légèrement…Testent, répètent puis continuent.
Résultat : la difficulté n’est jamais réellement isolée et travaillée. Elle fait juste partie du procès vers la connaissance du morceau.
On finit alors par maîtriser ce fameux morceau… Enfin… 90% du morceau. Car il reste ces quelques mesures qui nous font tiquer, sur lesquelles on butent, qui nous empêchent d’avoir un jeu aussi fluide qu’on le souhaiterait .
La bonne approche : isoler les passages difficiles. Parfois seulement quelques notes. Comprendre la difficulté. Les travailler, les répéter lentement, jusqu’à obtenir une vraie continuité.
C’est dans ces micro-difficultés que se joue la progression.
4. Jouer trop vite… sans vraiment comprendre

Aller trop vite est l’un des plus grands freins à l’apprentissage.
Lorsqu’on joue à vitesse normale trop tôt, le cerveau n’a pas le temps d’analyser ce qui se passe. C’est l’action sans la compréhension. Les gestes sont reproduits sans être compris.
On dépend alors uniquement de la mémoire. Et au moindre oubli, tout s’effondre.
À l’inverse, ralentir permet de :
- comprendre les mouvements
- analyser les doigtés
- clarifier la structure du passage
Même des guitaristes expérimentés prennent leur temps sur certains morceaux qu’ils semblent pourtant maîtriser. La lenteur n’est pas négative dans l’apprentissage, elle révèle au contraire des détails qui passeraient inaperçus à vitesse réelle : tensions, imprécisions, manque de contrôle.
Comprendre, c’est pouvoir reconstruire. Et donc progresser durablement.
5. Ne pas vraiment s’écouter

Dernière erreur, et pas des moindres : jouer sans réellement s’écouter.
Beaucoup de musiciens restent en surface. Ils entendent si “ça passe”, mais ne prêtent pas attention aux détails :
- propreté du son
- régularité des basses
- stabilité rythmique…
Sans cette écoute attentive, il devient impossible de corriger ses erreurs.
Un outil simple mais redoutablement efficace consiste à s’enregistrer.
En se réécoutant, on prend du recul. On perçoit des choses totalement invisibles pendant le jeu.
Certes, l’exercice peut être inconfortable… mais c’est aussi l’un des moyens les plus rapides de progresser.
Le vrai problème : ce n’est pas le temps, c’est la méthode
La plupart des guitaristes ne manquent pas de motivation. Ils travaillent. Ils jouent. Ils s’investissent.
Mais ce n’est pas la quantité de travail qui fait la différence.
C’est la manière de pratiquer.
Quelques ajustements suffisent souvent à débloquer une situation :
- ralentir
- isoler
- comprendre
- écouter
Et soudain, la progression redevient visible… et motivante.
Passez à l’action (mini-challenge)
Pour aller plus loin, voici un exercice simple à appliquer dès aujourd’hui :
1-Choisissez un morceau que vous travaillez actuellement.
2-Identifiez une seule difficulté récurrente. Un passage qui bloque, qui manque de fluidité.
3-Travaillez-le lentement. Isolez-le. Cherchez à comprendre précisément ce qui vous pose problème.
Puis mettez en place une solution concrète : exercice, adaptation, nouvelle approche…
C’est dans ce type de travail ciblé que les vrais progrès apparaissent.
Conclusion
Stagner en fingerstyle n’est pas une fatalité. C’est souvent le signe que certaines habitudes doivent évoluer.
En prenant conscience de tout ça et en ajustant votre manière de pratiquer, vous pouvez transformer radicalement votre progression.
Et surtout… Trouver du plaisir à bien jouer.

6 réponses
Bonjour Julien,
Quels bons conseils… qui s’appliquent parfaitement à mon cas!
Je pourrai en ajouter un peut-être: laisser reposer! Souvent, en reprenant un morceau quelques semaines plus tard, il passe mieux, encore un mystère du cerveau.
Bien à toi
Jean-Pierre,
conseils très judicieux aujourd’hui j’isole les difficultés, je les travaille vraiment, souvent le travail sur un morceau est utilisable sur un autre et enrichit le bagage technique.
C’est exactement ça. Chaque difficulté est en réalité un signal qu’il y a quelque chose à apprendre. Une fois cette chose apprise et intégrée, la difficulté n’en est plus une la fois suivante. 😉
Oui c’est pas faux ! Le cerveau traite l’info aussi dans le temps et notamment pendant le sommeil. Cela dit, pour ma part, j’évite d’attendre plusieurs semaines. 2 à 3 jours max pour moi 😉.
Hello Julien, merci pour cet article, la vidéo et les conseils, que je tente d’appliquer au quotidien… 😜👍🎸
Avec plaisir ! Bon jeu à toi 🙂