Les tablatures guitare sont aujourd’hui l’un des moyens les plus accessibles pour apprendre un morceau. En quelques clics, il est possible de télécharger la transcription d’un titre, de la travailler chez soi, et d’élargir rapidement son répertoire.
Pourtant, un phénomène revient souvent chez les musiciens amateurs comme intermédiaires : malgré l’accumulation de morceaux appris, le sentiment de progression reste flou. Certains parlent même de stagnation.
Pourquoi cette impression persiste-t-elle ?
Le problème vient-il des tablatures elles-mêmes ?
Ou de la manière dont elles sont utilisées ?
Les tablatures guitare : un outil devenu central dans l’apprentissage moderne
Depuis l’essor d’Internet, les tablatures ont profondément transformé la manière d’apprendre la guitare. Contrairement au solfège traditionnel, elles indiquent directement où placer les doigts sur le manche, rendant l’accès aux morceaux beaucoup plus rapide.
Leur succès repose sur plusieurs éléments comme l’accessibilité immédiate (notamment comme dit plus haut, avec l’outils internet), la simplicité d’utilisation et de lecture, ou encore la rapidité de mise en pratique.
Dans un contexte où l’apprentissage est de plus en plus autonome, les tablatures répondent parfaitement aux attentes des guitaristes.
Mais cette facilité d’accès peut aussi créer un effet inattendu : la dispersion.
Accumuler des morceaux : une progression en trompe-l’œil ?

Apprendre un nouveau morceau est stimulant.
Les premières minutes sont motivantes.
Les progrès sont visibles.
La satisfaction est immédiate.
Pourtant, après quelques jours ou semaines, le même schéma finit par se répéter.
Il y a d’abord l’enthousiasme (de découvrir un nouveau morceau), puis vient le travail, souvent intensif car motivé par la nouveauté. Ensuite l’on fait souvent face à un plateau (qui dure plus ou moins dans le temps) et enfin arrive le découragement face aux difficultés, et l’abandon (pour faire place à un énième nouveau morceau).
Au bout de plusieurs mois, le répertoire s’élargit. Mais le niveau global, lui, semble peu évoluer. Voir même stagne clairement.
Ce décalage tient à une distinction essentielle :
jouer davantage ne signifie pas toujours progresser en profondeur.
Ce que les neurosciences révèlent sur l’effet “nouveauté”
La motivation liée à un nouveau morceau n’est pas qu’une impression subjective. Elle repose sur des mécanismes neurologiques bien identifiés.
Lorsque l’on commence une activité nouvelle, le cerveau active le circuit de la récompense. Il libère de la dopamine, neurotransmetteur associé à l’anticipation et à la motivation.
Autrement dit, une nouvelle tablature représente une promesse.
Le problème apparaît lorsque l’apprentissage devient exigeant.
Par exemple quand il nous demande de ralentir le tempo, de corriger un élément technique ou encore de répéter un passage difficile.
L’effort devient plus coûteux mentalement. L’attrait diminue. Le cerveau préfère alors revenir vers une nouvelle stimulation.
Ce biais de nouveauté pousse naturellement à multiplier les morceaux plutôt qu’à les approfondir.
Pratique confortable vs pratique délibérée
Les recherches du psychologue Anders Ericsson sur la performance musicale ont montré que la progression des musiciens experts ne dépend pas seulement du nombre d’heures jouées.
Elle dépend de la qualité de ces heures.
La “pratique délibérée” repose sur :
un objectif précis
un travail ciblé sur une faiblesse identifiée
un effort en dehors de la zone de confort
un feedback régulier
Dans ce cadre, la répétition d’un morceau entier est moins efficace que le travail isolé d’un passage technique spécifique.
Or, les tablatures sont souvent utilisées comme un support de reproduction globale du morceau, plutôt que comme un outil d’analyse ciblée.
Consommer un morceau ou intégrer une compétence ?

Il serait faux d’affirmer qu’apprendre un morceau via une tablature est inutile. Chaque répétition renforce la coordination, la mémoire motrice et la précision.
Cependant, cet apprentissage reste souvent contextuel.
Si la tonalité change, si le rythme évolue ou si la position sur le manche est modifiée, la maîtrise peut disparaître.
La différence repose sur l’intention.
Consommer un morceau, c’est reproduire.
Intégrer une compétence, c’est comprendre, généraliser et appliquer.
Le véritable enjeu : l’absence de système
Le problème ne réside donc pas dans les tablatures guitare elles-mêmes.
Il réside dans l’absence de structure autour de leur utilisation.
Sans cadre chaque morceau devient un événement isolé. Les compétences travaillées ne sont pas identifiées et la progression n’est pas mesurable en dehors de ce morceau précis.
Avec un cadre :
le morceau devient un support stratégique
la compétence travaillée est définie à l’avance ou se définit d’elle-même au cours de l’exercice
l’apprentissage s’inscrit dans une vision à long terme.
La différence est subtile, mais déterminante.
Comment utiliser les tablatures dans une logique de progression
Plusieurs ajustements simples peuvent transformer radicalement l’efficacité du travail.
1. Identifier l’objectif pédagogique
Avant de commencer, poser une question claire :
Quelle compétence vais-je développer avec ce morceau ?
2. Isoler les passages clés
Travailler uniquement les sections techniques pertinentes, plutôt que jouer systématiquement le morceau en entier.
3. Ralentir volontairement
Un tempo plus lent favorise la précision et l’intégration durable.
4. Maintenir un focus sur plusieurs semaines
La régularité du travail est un facteur clé d’approfondissement.
Faut-il arrêter d’utiliser des tablatures ?

La réponse est non.
Les tablatures restent un outil précieux. Elles facilitent l’accès au répertoire et nourrissent la motivation.
L’enjeu n’est pas de les supprimer, mais de les repositionner.
Elles doivent être un moyen au service d’un objectif et non une succession d’expériences isolées.
FAQ – Tablatures guitare et progression musicale.
Pourquoi ai-je l’impression de stagner malgré de nombreux morceaux appris ?
Parce que la progression technique repose sur l’approfondissement ciblé, pas uniquement sur l’accumulation.
La théorie musicale est-elle indispensable ?
Elle n’est pas obligatoire au départ, mais elle permet de comprendre les mécanismes sous-jacents et de transférer les compétences.
Combien de temps travailler un morceau ?
Idéalement plusieurs semaines si l’objectif est technique. La durée dépend du point spécifique travaillé.
Peut-on progresser uniquement en jouant pour le plaisir ?
Oui, mais la progression sera généralement plus lente et moins structurée.
Comment savoir si j’intègre réellement une compétence ?
Si vous pouvez l’appliquer dans un autre morceau, dans une autre tonalité ou dans une improvisation, alors elle est intégrée.
Conclusion : comprendre plutôt qu’accumuler
Les tablatures guitare ne sont ni un raccourci miracle, ni un obstacle.
Elles sont un outil.
La véritable progression naît de la compréhension, de la répétition consciente et de la cohérence dans le travail.
Accumuler des morceaux peut donner une impression d’avancement.
Construire une compétence, elle, transforme réellement le jeu.
La question n’est donc pas :
“Faut-il utiliser des tablatures ?”
Mais plutôt :
“Comment les utiliser pour qu’elles servent une progression durable ?”

10 réponses
Salut Julien
Effectivemment , je suis un peu dans ce que tu décris , je vais bientôt arriver à ma troisième année de fingerpicking , dès que je commence à apprendre un nouveau morceau je suis plein d’enthousiasme et je délaisse un peu les anciens morceaux , je suis donc dans une période que j’ai l’impression que je stagne dans ma progression , tes conseils sont toujours les bienvenues , mon plus gros défaut aller trop vite pour apprendre un morceau et ne pas avoir la patience de jouer lentement…….
A partir d’aujourd’hui, je vais essayer de travailler chaque jour cinq ou six morceaux que je connais et de m’attarder sur les parties difficiles , je ne sais pas si c’est une bonne méthode mais je vais m’y tenir
A titre d’information , j’ai 68 ans , autodidacte , je pratique depuis trois ans , je regrette de ne pas avoir commencer plus tôt…de plus je n’ai pas de chance, on m’a diagnostique une sale maladie , je sors de deux mois de traitements assez durs mais la guitare me donne la force de continuer et de vaincre cette maladie
Musicalement
Dominique
Bonjour Dominique,
Merci beaucoup pour ton message et pour ce partage.
Ce que tu décris est extrêmement courant chez les guitaristes. L’enthousiasme d’un nouveau morceau est très puissant, et on a naturellement envie de s’y plonger… ce qui fait qu’on délaisse un peu les anciens. Beaucoup de guitaristes passent par cette phase et ont alors l’impression de stagner.
L’idée de retravailler les morceaux que tu connais est très bonne. De mon côté, je te conseillerais peut-être de réduire un peu le nombre de morceaux que tu travailles en même temps.
Par exemple, choisis 2 ou 3 morceaux seulement et cherche vraiment à les maîtriser : régularité, rythme, propreté du son, confort dans le jeu. Quand ces morceaux sont bien installés sous les doigts, tu peux en ajouter un quatrième, puis un cinquième.
Souvent, progresser vient moins du nombre de morceaux appris que de la profondeur avec laquelle on les travaille.
Ton message m’a aussi beaucoup touché. Commencer la guitare à 65 ans et pratiquer depuis trois ans avec autant de passion, c’est déjà formidable!! Et si la guitare t’aide à traverser l’épreuve que tu vis actuellement, alors elle joue vraiment son rôle le plus précieux. Merci encore.
Je te souhaite beaucoup de courage pour la suite.
Musicalement,
Julien 🎸
C’est bien mon cas ça, tout commencer, ne rien finir…
mais quand même les tablatures (PDF et/ou GP) me sont indispensables, merci Julien pour toutes celles que tu as mise en ligne (et pour celles à venir) 👍😘🎸
Bonjour Phil,
Merci pour ton message ! 🙂
Et tu sais, tu es loin d’être le seul dans ce cas. Beaucoup de guitaristes commencent plein de morceaux… et en terminent peu. Et il m’arrive aussi parfois la même chose 😅. L’enthousiasme du début est très fort, puis on passe au suivant. L’important est surtout d’en prendre conscience.
L’idée n’est pas d’arrêter de découvrir de nouveaux morceaux, mais peut-être d’en choisir quelques-uns et de vraiment aller au bout : les jouer confortablement, avec une bonne régularité et un beau son.
Et je suis ravi si les tablatures peuvent t’aider dans ce chemin. Je continuerai à en partager autant que possible 🙂
Merci pour ton message et bon travail à la guitare !
Musicalement,
Julien 🎸
Merci Julien pour cet article. Je me retrouve tout à fait dans ce que tu décris. Si tu savais le nombre de tablatures que j’accumule… et que je delaisse devant un obstacle…. je travaille différemment maintenant, je privilégie des riffs ou parties de morceaux à travailler pour essayer de surmonter les obstacles. C’est long mais que de satisfaction quand un obstacle se lève…. Merci pour tes conseils…
Bonjour,
Merci beaucoup pour ton message.
Et ce que tu décris est très juste. Travailler des riffs ou des petites sections de morceaux pour surmonter un obstacle est souvent une très bonne approche. En fait, c’est comme ça que je pratique personnellement 😊. On isole la difficulté, on la comprend, on la travaille… et le jour où ça passe, la satisfaction est énorme.
Et je me force à ne pas faire plus de 2 à 3 morceau à la fois (sans compter ceux que je connais et que j’entretiens 🙂).
Et tu sais, l’accumulation de tablatures… ça arrive à beaucoup de guitaristes. Moi aussi j’en ai une bonne collection ! L’important, comme tu l’as compris, c’est surtout la manière dont on les travaille.
Merci encore pour ton message et bon jeu à toi !
Musicalement,
Julien 🎸
Bonjour Julien, moi aussi çà fait à peu près trois ans que je pratique le fingerstyle. J’ai essayé de jouer plusieurs partitions au début, elles n’étaient pas toutes de toi, pour finalement abandonner les plus difficiles. Maintenant j’en pratique une dizaine à presque tous les jours, de cette façon je peux m’encourager avec celles qui sont plus facile, sinon si j’en pratique une seule avec toujours les même blocages à certains passages, çà me démotive à un point tel que je repousse mon moment de pratique. Je ne retiens absolument rien par coeur malheureusement. Je pense que c’est dû à mon âge aussi. Pour terminer encore merci pour toutes ces tablatures et ces infos que tu nous envoient. Çà maintient la motivation.
Bonjour,
Merci beaucoup pour ton message, et bravo pour ta régularité. Pratiquer presque tous les jours depuis trois ans, c’est déjà quelque chose de très solide.
Ta méthode de travailler plusieurs morceaux pour garder la motivation est tout à fait compréhensible. Alterner entre des morceaux plus faciles et d’autres plus exigeants peut effectivement aider à éviter la frustration et à garder l’envie de jouer. C’est un équilibre à trouver 😊.
C’est intéressant ce que tu dis sur les blocages qui restent et la démotivation qui en découle. Et le lien avec la mémoire aussi. Je vais y réfléchir et peut-être en faire une vidéo. Merci Marie-Reine pour l’idée 😉.
Le plus important reste ce que tu fais déjà : jouer régulièrement et garder le plaisir de l’instrument.
Merci encore pour ton message et pour ta fidélité aux contenus.
Musicalement,
Julien 🎸
Hello Julien,
Moi c’est un peu la même chose, j’ai tendance à m’éparpiller, à éviter les passages difficiles, et à switcher de tablature en tablature pour enfin être très frustré de ne rien jouer vraiment correctement. Souvent, je me rend compte que c’est parce que le niveau du morceau est trop élevé. J’ai fait ta formation fingerstyle il y a quelques années, j’ai beaucoup progressé, depuis c’est un peu retombé et je me rend compte que je gratouille de plus en plus et prend de moins en moins de plaisir. Merci pour tes encouragements et tes précieux conseils !
Hello 🙂
Merci pour ton message !
Ce n’est pas que tu régresses, c’est simplement que tu es sorti d’un cadre structuré.
Et dans ces moments-là, on a tous tendance à s’éparpiller, éviter les difficultés… et perdre un peu le plaisir au passage.
En plus, si le niveau du morceau est trop élevé, ça devient vite frustrant.
Je te conseillerais de revenir à quelque chose de simple pendant un temps, avec un objectif clair :
retrouver du contrôle et du plaisir, plutôt que de vouloir “réussir un morceau”.
Même 10–15 minutes par jour, avec un travail ciblé (pouce régulier, indépendance, petits patterns), ça peut déjà relancer la machine très rapidement.
Tu as déjà progressé par le passé, donc tu sais faire.
Il ne te manque pas grand-chose pour relancer la dynamique 😉
Bon courage à toi, et content d’avoir de tes nouvelles ! 🎸
PS : Je crois savoir qu’on a même échangé en live il me semble ? Non ? 🙂